Sheila Walker, diététiste, travaille au centre des sciences de la santé Sunnybrook, où elle conseille des clients atteints de diabète de type 2 et des clients à risque de développer la maladie. Le centre d’éducation en diabétologie Sunnybrook offre aussi des cours aux personnes à risque de devenir diabétiques. sheila.walker@sw.ca
par Sheila Walker, RD, MEd, CDE
L’incidence de diabète de type 2 affiche une véritable montée en flèche au Canada. Cette situation aura certainement des effets néfastes sur notre société. Le diabète impose un fardeau énorme aux personnes qui en sont affectées ainsi qu’à notre système de santé.
Le pré-diabète, qui précède le diabète de type 2, se caractérise par une augmentation de la glycémie à jeun ou après les repas, ou les deux. Chaque année, de 5 % à 10 % des personnes pré-diabétiques progressent vers le diabète de type 2(1).
L’accroissement du diabète de type 2 et du pré-diabète est attribuable à un certain nombre de facteurs, dont les suivants :
La recherche factuelle a livré un certain nombre de stratégies, y compris la modification du mode de vie et la prise de médicaments. Trois études prospectives ont démontré que ces stratégies sont capables de prévenir le diabète de type 2. L’étude DPP (Diabetes Prevention Program)(2) et l’étude finlandaise FDPS (Finnish Diabetes Prevention Study)(3) ont toutes deux déterminé que les modifications du mode de vie (régime alimentaire et exercice) entraînent une baisse du risque de diabète de 58 % chez les personnes pré-diabétiques. L’étude Da Qing4 a montré que le régime alimentaire ou l’exercice ou les deux pouvaient réduire le risque de diabète de 31 % à 46 %.
Trois médicaments ont également prouvé leur efficacité pour prévenir le développement du diabète de type 2. La metformine (administrée à raison de 850 mg BID) pendant 2,8 ans en moyenne, a réduit l’évolution vers le diabète de 31 %. L’étude STOP-NIDDM5 a démontré que l’acarbose (administrée à raison de 100 mg TID) a réduit le risque d’évolution vers le diabète de 30 %. L’essai DREAM1 a, quant à elle, révélé que la rosiglitazone (administrée à raison de 8 mg par jour) a réduit ce risque de 60 %.
1. Perdre du poids L’étude
DPP6 a démontré qu’une perte de poids modeste (7 % du poids corporel initial) accompagnée d’exercice parvenait clairement à réduire le risque de diabète. Cette étude a fait appel à des régimes alimentaires qui limitent l’apport de calories (1 200 à 2 000 par jour) et comportant 25 % de gras. Cette étude mettait l’accent sur l’autosurveillance (gras, calories, activité et poids).
2. Accroître l’activité / Réduire le temps passé devant la télévision
L’exercice régulier accroît la sensibilité à l’insuline. Les participants à l’étude DPP ont fait au moins 150 minutes d’exercice par semaine (à un rythme modéré équivalant à celui de la marche rapide). Une étude menée auprès de plus de 50 000 infirmières(7) a révélé que toute période de deux heures passée à regarder la télévision augmente le risque de diabète de 14 %. L’activité minimale, ou même marcher autour de la maison, réduit ce risque de 12 %.
3. Éliminer les gras trans
Dr Bruce Holub, professeur de sciences de la nutrition à l’Université de Guelph, affirme que les gras trans sont dix fois plus nocifs que les acides gras saturés(8). Les gras trans ont tendance à accroître le taux de cholestérol LDL et à réduire le taux de cholestérol HDL. Les Canadiennes et Canadiens consument de 9 à 13 grammes de gras trans par jour. Dr Holub conseille de limiter la consommation de gras trans à deux grammes ou moins par jour.
Dans le cadre d’une étude menée en 2001(9), les chercheurs ont examiné les dossiers diététiques provenant de l’étude sur la santé des infirmières. Ils ont établi un lien entre la consommation de gras trans et le risque de diabète de type 2. Il convient toutefois de préciser qu’il est difficile d’évaluer le risque de maladie à partir de données nutritionnelles(10).
Les gras bénéfiques, comme ceux que l’on retrouve dans les huiles, les noix et le poisson, semblent réduire le risque de diabète. Puisque le pré-diabète est associé avec un risque accru de maladie cardiovasculaire, c’est une bonne idée de remplacer les gras trans par des gras bénéfiques.
4. Manger plus de grains entiers
Manger beaucoup de grains entiers permet de réduire le risque de diabète de type 2. Chez les personnes qui consomment trois portions de grains entiers par jour, le risque de développer le diabète de type 2 au cours des dix prochaines années est de 20 % à 30 % moins élevé que chez les personnes qui en consomment moins de trois portions par semaine(11). De plus, chez les personnes non diabétiques, il semble qu’il existe un lien inverse entre la consommation de grains entiers et la glycémie à jeun.
5. Arrêter de fumer
Le risque de diabète est plus élevé chez les fumeurs que chez les non-fumeurs. Selon les résultats d’une étude, les hommes qui fument 25 cigarettes ou plus par jour présentent un risque deux fois plus élevé de diabète que les non-fumeurs(12). Ce lien n’est pas clair, mais pourrait être attribuable au fait que les fumeurs ont en commun des facteurs de risque de diabète de type 2 similaires.
6. Évaluer l’apport de calcium et de vitamine D
La recherche sur cette question est décrite comme étant « prometteuse mais non pas concluante ». Dans une étude menée auprès de 300 personnes âgées de 65 ans et plus13, dont le tiers étaient pré-diabétiques, la montée de la glycémie sur une période de trois ans était moins marquée chez celles qui avaient pris de la vitamine D (700 UI par jour) et du calcium (500 mg par jour) que chez celles qui avaient pris un placebo.
7. Contrôler la consommation d’alcool
La consommation d’alcool légère à modérée est liée avec un risque réduit de diabète de type 2. Selon l’étude sur la santé des infirmières (1980-1996), cela représente à peu près trois verres par semaine pour les femmes(14). La Harvard School of Public Health, pour sa part, suggère qu’un verre par jour chez les hommes réduit le risque de diabète.
8. Inclure des noix et du beurre d’arachide dans le régime alimentaire
Les noix et le beurre d’arachide sont potentiellement bons pour la santé. Au cours de l’étude sur la santé des infirmières(15), les femmes qui avaient mangé cinq cuillers à soupe de beurre d’arachide chaque semaine avaient réduit leur risque de diabète de type 2 de plus de 20 %. Celles qui avaient mangé une cuiller à soupe de beurre d’arachide ou d’autres noix de une à quatre fois par semaine présentaient un risque de diabète 16 % plus bas.
9. Manger moins de viande rouge et de viandes transformées
Les femmes qui mangent plus de viande, et surtout du bacon et des hot dogs, présentent un risque plus élevé de diabète de type 2(16). Les hommes qui mangent de la viande rouge et des viandes transformées présentent également un risque accru. Le régime alimentaire « nord-américain » (viandes rouges et transformées, frites, produits laitiers à haute teneur en gras, grains raffinés, sucreries et desserts) entraîne un risque accru de diabète de type 2, tandis qu’un régime alimentaire « prudent » (légumes, fruits, poisson, volaille et grains entiers) offre une protection contre cette maladie(17).
10. Boire du café avec modération
Boire beaucoup de café (7 tasses par jour) réduit le risque de diabète(18). Cette corrélation difficile à saisir pourrait s’expliquer en partie par le fait que le café entraîne une baisse de la production de glucose hépatite. Bien qu’intéressante, cette constatation ne signifie toutefois pas qu’il faut boire plus de café. Une forte consommation de café bouilli, en effet, accroît le taux de cholestérol total et de cholestérol LDL.
11. Personnaliser la consommation de glucides
L’apport de glucides devrait être personnalisé pour répondre aux objectifs nutritionnels et glycémiques. La réduction de glucides aux repas contribue à réduire la glycémie post-prandiale.
Wolever et Mehling ont étudié les effets à long terme de trois différents types de régimes alimentaires chez des personnes dont la tolérance au glucose était diminuée(19). Sur une période de quatre mois, le régime riche en acides gras monoinsaturés (20 % d’acides gras monoinsaturés, 40 % de gras et 45 % de glucides) et le régime à indice glycémique faible (55 % de glucides) avaient permis de réduire considérablement la glycémie moyenne après les repas. Le régime riche en acides gras monoinsaturés pourrait également servir de régime amaigrissant faible en calories parce qu’il a pour effet de rassasier.
12. Tenir compte de l’indice glycémique
L’indice glycémique a livré des résultats variables. L’American Diabetes Association conclut que la quantité totale de glucides est plus importante que leur source (féculents ou sucre) ou le type de glucides (à indice glycémique bas ou élevé). L’étude DPP ne semble pas tenir compte de l’indice glycémique6. L’Association canadienne du diabète, pour sa part, conseille aux diabétiques de type 2 de prendre une catégorie d’aliments et de choisir, de préférence, ceux qui présentent un indice glycémique bas plutôt qu’élevé(5).
L’épidémie grandissante de diabète de type 2 nous incite à passer à l’action pour aider les personnes présentant un risque élevé. Nous savons qu’une perte de poids modeste et que l’exercice donnent de bons résultats. L’étude DPP démontre qu’il faut absolument faire un suivi à long terme pour motiver les clients à atteindre leurs objectifs liés au mode de vie. Les diététistes peuvent travailler avec les clients pour choisir des stratégies salutaires. Il est fort possible que le régime alimentaire optimal pour prévenir le diabète soit très individuel, mais il n’en reste pas moins que nous disposons de plusieurs stratégies pour nous aider à réduire le risque de diabète de type 2.
Indice glycémique : Échelle permettant d’évaluer la vitesse à laquelle les glucides font monter la glycémie.
HDL : Le bon cholestérol
LDL : Le mauvais cholestérol
Acides gras monoinsaturés : Gras bénéfiques qui font baisser le taux de cholestérol.
Fras trans : Également connus sous le nom de graisse hydrogénée, ces gras se retrouvent dans certains aliments transformés et dans la malbouffe.